Histoire du lac de Côme : lac glaciaire, villas romaines et Grand Tour
Le lac de Côme — que les habitants appellent simplement le Lario — n’est pas seulement l’un des plus beaux lacs du monde : c’est aussi l’un des plus anciens et des plus racontés. Son eau remplit une vallée creusée par les glaciers, ses rives ont accueilli les villas des Romains, des nobles lombards puis des voyageurs du Grand Tour, et ses pages ont été écrites par Pline, Stendhal, Liszt et Manzoni. Avant d’étirer la sfoglia avec nous à notre cours de cuisine à Côme, il vaut la peine de connaître l’histoire du paysage que vous voyez depuis la fenêtre : chaque promenade au bord de l’eau en sera enrichie.
Un lac né de la glace
Le Lario est un lac glaciaire. Lors des grandes glaciations, d’énormes langues de glace descendues des Alpes ont creusé la vallée en forme de U qui accueille aujourd’hui l’eau ; quand les glaciers se sont retirés, dépôts et moraines ont barré la vallée et la cuvette s’est remplie. C’est pourquoi le lac est si profond — plus de 400 mètres en son point le plus bas — et si étroit, encaissé entre les montagnes.
Sa forme est inimitable : un Y inversé, avec deux bras méridionaux — celui de Côme et celui de Lecco — qui se rejoignent au nord. Au centre, là où les trois branches se croisent, s’élève le célèbre triangle du Centro Lago, avec Bellagio à sa pointe. Cette géographie n’est pas qu’un décor : elle a décidé pendant des siècles où s’établiraient les ports, les routes et, plus tard, les villas.
Les villas des Romains
Dès l’époque romaine, le Lario était un lieu de villégiature. Le personnage le plus lié à ces rives est Pline le Jeune, écrivain et sénateur né à Côme au Ier siècle apr. J.-C. Dans ses lettres, il décrit deux villas au bord du lac qu’il appelait avec affection « Comédie » et « Tragédie » : l’une basse, sur l’eau, où l’on pouvait presque pêcher depuis la fenêtre ; l’autre haute, accrochée à la colline, avec la vue ouverte sur le lac. Ce sont peut-être les premières « villas avec vue lac » documentées de l’histoire.
Son oncle aussi, Pline l’Ancien, naturaliste et auteur de la Naturalis Historia, était de Côme. La ville garde la mémoire des deux : leurs statues veillent sur la façade du Dôme de Côme, cas rarissime de deux auteurs païens honorés sur une cathédrale.
Le grand âge des villas
Mais le vrai visage romantique du lac est né entre le XVIIe et le XIXe siècle, quand la noblesse milanaise et lombarde construisit le long des rives un collier de villas aux jardins à l’italienne et à l’anglaise. Elles sont devenues le symbole du Lario :
- Villa du Balbianello (Lenno) — sur un promontoire, avec la loggia et les terrasses les plus photographiées du lac.
- Villa Carlotta (Tremezzo) — célèbre pour son jardin botanique, ses azalées et rhododendrons au printemps.
- Villa Melzi (Bellagio) — avec son parc à l’anglaise étendu sur l’eau.
- Villa d’Este (Cernobbio) — aujourd’hui hôtel de luxe, jadis demeure cardinalice de la Renaissance.
Ces villas n’étaient pas de simples maisons de campagne : c’étaient des théâtres de fêtes, de musique et de conversation, qui attirèrent sur le lac artistes et têtes couronnées de toute l’Europe.
Le Grand Tour et les romantiques
Aux XVIIIe et XIXe siècles, le lac de Côme devint une étape presque obligée du Grand Tour, le long voyage de formation que les jeunes aristocrates européens accomplissaient en Italie. Écrivains et musiciens en tombèrent amoureux : Stendhal le décrivit comme un lieu d’une beauté bouleversante ; Franz Liszt y séjourna avec Marie d’Agoult, et c’est ici que naquit leur fille Cosima ; le poète Percy Bysshe Shelley en resta émerveillé. Les rives du Lario devinrent synonyme de paysage romantique, suspendu entre montagnes et eau.
Pour les Italiens, toutefois, le lac appartient surtout à un autre auteur : Alessandro Manzoni, qui situa le début de son roman Les Fiancés (I Promessi Sposi) précisément « sur cette branche du lac de Côme » — celle de Lecco. Sa célèbre phrase d’ouverture est l’une des plus connues de la littérature italienne, et elle a lié à jamais le Lario à la page écrite.
Du Grand Tour au décor de cinéma
L’histoire ne s’est pas arrêtée aux romantiques. Au cours du dernier siècle, le lac de Côme est devenu l’un des décors les plus recherchés du cinéma : villas et jardins sont apparus dans des films internationaux, et la région est aujourd’hui une destination aimée des artistes, des cinéastes et des voyageurs du monde entier. Pourtant, derrière les façades de carte postale, demeurent les villages de pêcheurs, les marchés et les cuisines de famille — le lac vécu, et pas seulement admiré.
Pour voir cette histoire de vos propres yeux, jetez un œil à notre journée à Bellagio depuis Côme, cœur du Centro Lago et des villas, ou au week-end à Côme pour réunir lac, bateaux et table.
En bref
- Le lac de Côme (le Lario) est un lac glaciaire en forme d’Y inversé, profond de plus de 400 m.
- Pline le Jeune y avait deux villas, « Comédie » et « Tragédie » ; les statues des deux Pline ornent le Dôme de Côme.
- Entre le XVIIe et le XIXe siècle naissent les grandes villas : Balbianello, Carlotta, Melzi, d’Este.
- Le Grand Tour y amena Stendhal, Liszt et Shelley ; Manzoni y situa Les Fiancés.
- Aujourd’hui le Lario est une destination aimée et un décor de cinéma de renommée internationale.
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